Fonds, talents, attractivité : la vision de Claude Niedner pour le Luxembourg

Dans le cadre du 10ᵉ anniversaire de la Federation for Recruitment in Luxembourg (FR2S), Gwladys Costant a interviewé Claude Niedner, associé en Investment Management chez Arendt & Medernach et coprésident de la fédération, afin d’évoquer l’évolution de la place financière luxembourgeoise. De la croissance continue des fonds d’investissement alternatifs aux défis liés à l’attraction de décideurs internationaux et de talents à forte valeur ajoutée, cette conversation explore comment le Luxembourg peut encore renforcer sa position en tant que hub mondial de premier plan pour la gestion d’actifs dans les années à venir.

On parle souvent d’une certaine maturité de la place financière en matière de fonds d’investissement. Partagez-vous l’idée d’un essoufflement de la place ?

Je ne partage pas ce point de vue. Il est vrai que, dans le domaine des fonds d’investissement, on distingue les OPCVM d’un côté et les fonds alternatifs de l’autre.

Sur les OPCVM, nous sommes effectivement sur un marché très mature. La directive date de 1985 et le Luxembourg est devenu le champion européen dans ce domaine. Mais cette maturité ne signifie pas nécessairement un essoufflement.

Dans le segment des fonds alternatifs, au contraire, l’évolution a été très favorable ces dix dernières années, notamment depuis l’introduction du passeport européen pour la distribution de ces fonds.

Si l’on regarde les perspectives mondiales, la croissance de la gestion alternative est estimée autour de 10 % par an. Dans ce contexte, le Luxembourg a considérablement augmenté sa part de marché au niveau mondial, passant d’environ 5 à 6 % il y a une dizaine d’années à près de 16 % aujourd’hui.

Je pense donc qu’il existe encore un potentiel de croissance important pour le Luxembourg dans ce segment au cours des prochaines années.
Quels sont aujourd’hui les principaux leviers de croissance pour la place financière ?

Et lorsqu’on regarde en fait les perspectives sur les fonds alternatifs, en fait les expectatives de croissance en fait de la gestion des fonds alternatifs au niveau mondial, il y a des taux de croissance de 10% sur une base annuelle. Donc il y a une croissance en fait qui est forte dans ce segment au niveau mondial. Si on regarde ensuite quelle est la situation du Luxembourg en termes de gain de part de marché, on doit constater que Luxembourg en fait sur les sur les dernières dix années en fait est passé quelque part de 5-6% en fait au niveau mondial à 16% au niveau mondial. Donc c’est une croissance qui est relativement forte et je pense qu’on n’est pas venu au bout du succès du Luxembourg sur sa participation je dirais au niveau mondial. Donc moi je m’attends en fait à une croissance quand même forte tout au moins sur les cinq années à venir dans le domaine de l’alternatif. Et là il y a beaucoup en fait de beaucoup beaucoup beaucoup d’opportunités qui se présentent.

Quels sont aujourd’hui les principaux leviers de croissance pour la place financière ?

L’un des enjeux majeurs concerne l’expertise et la valeur ajoutée.

Ces dernières années, de nombreux grands acteurs de la gestion alternative se sont installés au Luxembourg et ont ouvert des bureaux sur place. Des milliers de personnes travaillent aujourd’hui dans ce segment.

Le Luxembourg a progressivement évolué : nous ne sommes plus seulement un centre de back-office pour les fonds d’investissement, mais plutôt un centre de middle-office.

Cependant, nous ne sommes pas encore totalement positionnés comme un centre de décision. C’est probablement l’un des défis majeurs pour les années à venir : attirer davantage de fonctions stratégiques et de décideurs dans l’industrie de la gestion d’actifs.

Certaines initiatives vont dans la bonne direction, notamment en matière de fiscalité liée au carried interest. Nous observons déjà une tendance à voir davantage de profils très seniors s’installer au Luxembourg qu’auparavant.
Claude Nieder – Chairman @ Arendt & Medernach
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On parle beaucoup de simplification de la réglementation européenne. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

Je dois être un peu critique sur ce sujet.

Au cours de ma carrière, j’ai vu de nombreuses initiatives visant à améliorer ou à adapter la réglementation européenne. Mais, dans la pratique, on n’a jamais vraiment simplifié les choses.

On est plutôt dans une logique d’essais successifs. Une réglementation est mise en place, puis elle est rapidement modifiée ou remplacée avant même que l’on ait pu mesurer ses effets.

On a par exemple connu différentes évolutions concernant les prospectus, les documents d’information ou encore les règles ESG. Chaque nouvelle initiative vient souvent remplacer la précédente.

Je pense que nous gagnerions parfois à laisser davantage de temps aux réglementations pour s’installer et produire leurs effets avant d’envisager de nouvelles modifications.

Par ailleurs, on observe également une tendance à multiplier les niveaux de supervision, avec des autorités européennes qui viennent s’ajouter aux autorités nationales. Cela a un coût et conduit souvent à une réglementation plus stricte.

Dans certains cas, l’Europe gagnerait peut-être à adopter une approche un peu plus entrepreneuriale.

L’attraction des talents est un sujet central pour les recruteurs. Comment voyez-vous cet enjeu pour le Luxembourg ?

C’est effectivement un défi majeur.

Si l’on regarde l’évolution des dernières décennies, le Luxembourg recrutait historiquement beaucoup dans la Grande Région, notamment en France, en Belgique et en Allemagne.

Aujourd’hui, ces bassins de recrutement sont en grande partie exploités, ce qui pousse les entreprises à élargir leur recherche de talents. Nous recrutons désormais davantage dans le sud de l’Europe ou dans l’est de l’Europe.

Cette diversification des nationalités est positive pour le Luxembourg. Cependant, il existe un vrai défi en matière d’attractivité.

Le coût du logement et le coût de la vie restent des éléments importants. Les initiatives du gouvernement, comme le régime d’impatriation ou les mesures liées au carried interest, sont donc des outils importants pour attirer des profils à forte valeur ajoutée.

Par ailleurs, certaines activités de back-office ont été délocalisées vers des solutions d’offshoring ou de nearshoring. Il est donc essentiel de remplacer ces activités par des fonctions à plus forte valeur ajoutée.

Pourquoi est-il important d’attirer davantage de décideurs au Luxembourg ?

Aujourd’hui, les grands acteurs de la gestion d’actifs sont présents au Luxembourg, mais leurs bureaux restent souvent relativement petits. Les véritables centres de décision se trouvent encore ailleurs.

L’un des défis consiste donc à attirer certains de ces décideurs au Luxembourg.

Lorsque les décideurs sont présents localement, cela crée davantage d’opportunités de carrière pour les jeunes professionnels. Ils peuvent se projeter plus facilement dans une trajectoire internationale tout en restant au Luxembourg.

Dans ce domaine, il existe néanmoins des raisons d’être optimiste. Le Luxembourg bénéficie d’une grande stabilité politique et financière, ce qui constitue un atout important.

On observe également que certaines évolutions dans d’autres places financières, notamment à Londres, amènent certains professionnels à se poser des questions et à envisager d’autres destinations.

Quel serait votre Luxembourg idéal dans dix ans ?

Je dirais qu’il faudrait que le Luxembourg adopte encore davantage une approche entrepreneuriale.

Je pense que les décideurs politiques ont déjà identifié les enjeux pour renforcer l’attractivité de la place financière. Mais il est également important que les jeunes Luxembourgeois s’impliquent davantage dans le développement de l’écosystème économique.

Aujourd’hui, beaucoup de Luxembourgeois se tournent vers la fonction publique, qui offre des opportunités intéressantes. Mais le secteur privé et la place financière ont également besoin de talents locaux engagés dans leur développement.

Encourager cet esprit entrepreneurial serait, à mon sens, un élément clé pour l’avenir du Luxembourg.

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